La Zone du Dehors, Alain Damasio
L’avantage de mon job c’est qu’on voyage beaucoup, le désavantage c’est que c’est généralement en RER/Métro, et que mes destinations sont plus proches de La Défense que de New-York, Shangaï ou San Francisco. Et pour occuper tout ce temps passé en espace confiné, il faut trouver quelque-chose. C’est comme ça que je me suis remis à lire des livres et que j’en ai dévoré pas mal depuis, de quoi alimenter la rubrique « lecture » de ce blog, en commençant tout de suite par La Zone du Dehors d’Alain Damasio, recommandée par Viinz.

2084. Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s’opprime plus : il se fabrique. A la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu’on forme, tout simplement. Au coeur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout.
On ne rentre pas sans difficulté dans La Zone du Dehors, on se retrouve plongé dans un univers à première vue très différent, une colonie spatiale, une Terre dévastée, une société bouleversée. Mais les pages défilant on se retrouve plongés dans ce monde, dans cette histoire mêlant amour, amitiés et politique ; on se fait à cette narration à voix multiples ; on souscrit à leur combat. Et on s’interroge. Car derrière cette histoire de science-fiction, Damasio nous pose la question de l’évolution de notre société, évolution déjà en marche, qu’on pense maîtrisable mais dont on ne peut deviner la finalité. Cette société du contrôle et de l’automatisation, qui nous sécurise et nous facilité la vie, ne va-t-elle pas finir par causer notre perte ?
En supplément d’un univers qui prend vie, d’une très belle histoire et d’une écriture juste, la puissance de La Zone du Dehors est aussi dans le doute qu’il insinue en nous ; notre société prend-t-elle vraiment la bonne direction ? Cette question, si souvent sacrifiée sur l’autel de notre confort, mérite pourtant bien d’être posée ; et on peut remercier Alain Damasio de nous le rappeler.









le 25 janvier 2010, 12:11
Très très bon bouquin. Alain Damasio joue avec la langue comme personne.
Il faut également lire « la horde du Contrevent », son autre roman (enfin chef-d’oeuvre).
le 25 janvier 2010, 12:12
T’inquiète j’ai enchaîné avec dès celui-ci refermé, et l’article viendra ;)